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On vous présente Jean Franco, le Villeneuvois qui a remporté le Molière du comédien dans un second rôle

Mis à jour le 30/06/2020 à 03:35 Publié le 30/06/2020 à 14:30
Jean Franco.

Jean Franco. Photo DR

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On vous présente Jean Franco, le Villeneuvois qui a remporté le Molière du comédien dans un second rôle

Plutôt reconnu comme auteur jusqu’ici, le Villeneuvois a décroché le Molière du comédien dans un second rôle pour sa performance tonitruante et polymorphe dans "Plus haut que le ciel".

Une grande joie savourée en catimini, avec un métro de la RATP en guise de limousine pour le ramener chez lui.

Jean Franco, 42 ans, a remporté le Molière du comédien dans un second rôle grâce à sa prestation dans Plus haut que le ciel.

Manque de bol, il a été primé il y a tout juste une semaine, pile l’année où la cérémonie phare du théâtre français s’est déroulée en version light, encore plus froide que de coutume pour respecter les exigences sanitaires.

"J’ai fait un hit"

Cela n’a pas l’air de gâter l’humeur du bonhomme. Il assure ne jamais avoir fait la course à ce type d’honneur. Ni même aux rôles, d’ailleurs.

"Je n’ai aucune ambition de comédien. J’aime bien jouer avec mes camarades, l’esprit de troupe et les répétitions. Mais ça m’est arrivé de ne pas jouer pendant un an. J’avais assez de pièces en tant qu’auteur pour gagner ma vie. J’étais très heureux comme ça", nous glisse-t-il depuis Paris, en visio sur Zoom.

À son actif, notamment, le succès de Panique au ministère, une pièce écrite en tandem avec Guillaume Mélanie, portée sur les planches par Natacha Amal et Amanda Lear. Ce vaudeville, créé en 2009, est désormais abondamment repris par les compagnies amateurs.

"J’ai fait un hit, comme tous ces chanteurs des années 1980", ironise Jean Franco. "C’est un problème de riche, mais il y a un côté aliénant d’être toujours ramené à ça, quand même. Pour moi, ce n’était pas la meilleure de mes trente pièces, mais c’est celle que le public a préférée."

Evita et Escoffier

Jean-Laurent Silvi, le Mentonnais qui le dirige dans Plus haut que le ciel  s’est également joint à notre échange vidéo. Retiré du côté de Saint-Martin-Vésubie, il revient un peu en arrière dans la discussion.

"C’est étonnant que Jean dise n’avoir aucune ambition d’acteur. Parce qu’il n’y a aucune nonchalance dans sa manière de travailler, tout au contraire. Il est l’un des plus professionnels de l’équipe. Toujours partant pour répéter, suivre les indications, proposer une direction particulière: un vrai bonheur."

Une chose est sûre, le gamin de Villeneuve-Loubet a toujours voulu graviter autour de la scène. Evita, sa grand-mère, lui a "inoculé le virus".

"Elle avait été comédienne dans les années 1970. Elle faisait du théâtre engagé, elle jouait dans les usines. Moi, je prenais des cours au conservatoire d’Antibes. Pour elle, c’était l’Antéchrist, le truc bourgeois, capitaliste. L’idée même de gagner de l’argent en jouant était une idée impossible pour elle. C’était un personnage absolument génial."

Comme il nous le racontait dans un précédent article, en 2016, il a donné ses premières "représentations" au musée Escoffier. Vers huit ans, le môme se glissait parmi les visiteurs et lançait des anecdotes à propos du célèbre cuisinier, en impro.

Installé dans la capitale depuis deux décennies, le Sudiste est toujours un peu flippé quand il se produit dans son village.

"J’ai la chance de ne pas avoir trop le trac. Mais c’est vrai que quand je monte sur scène à Villeneuve, c’est horrible. Sur cinq cents personnes, je connais presque tout le monde. Ma première nounou, ma première institutrice, etc. Ces moments sont chargés d’une émotion dingue."

Lumière et has been

Jean Franco en a pourtant vu d’autres en deux décennies de carrière. "J’ai eu de très gros succès, de très gros bides aussi. Combien de fois je me suis retrouvé à ne plus saquer ce métier, à trouver tout cet investissement trop compliqué… Maintenant, j’essaie d’accueillir les hauts et les bas avec la même sérénité."

Pas question, non plus, de se laisser aveugler par les sunlights. "Être dans la lumière est un plaisir, pas un besoin. J’ai commencé ma carrière avec des gens qui étaient has been. J’ai vu comment ce rapport à la célébrité pouvait devenir horrible."

Zouzou et cabotinage contrôlé

Jean-Laurent Silvi, de son côté, a vu en Jean Franco un acteur brillant, capable de relever le gant dans Plus haut que le ciel. "Quand je suis arrivé à Paris, je suis allé voir le travail des quelques noms que j’avais pu entendre quand j’étais au conservatoire."

"Lui et moi, on a eu Lucien Rosso comme professeur, à quelques années d’intervalle. Quand je suis arrivé à Paris, il était dans une pièce où il avait un rôle de composition, j’avais adoré. Je m’étais promis de le solliciter un jour. C’est arrivé quinze après", sourit le metteur en scène de 36 ans.

Au fil des répétitions, Franco rentre pleinement dans la peau de ses personnages. Au pluriel, puisqu’il en incarne cinq. "Il joue le secrétaire d’Etat Alfred Bernouille, le modiste Taillesec, le contremaître italien Scaparelli, le poète Leconte de Lisle et le ministre LockroyPhysiquement et dans l’esprit, tous sont très différents. Et comme la pièce est très rythmée, il avait très peu de temps pour se changer", note Jean-Laurent Silvi.

Durant la brève période où il a eu le micro au cours de la cérémonie des Molières, Jean Franco a réussi à remercier Zouzou, son habilleuse.

"Elle fait partie de la réussite du truc, elle m’a enlevé mes angoisses. J’avais peur d’arriver à moitié habillé, avec le postiche qui se décolle... Bon, ça s’est passé deux fois, deux grands moments de solitude!"

Il a également pu compter sur son pote mentonnais pour viser juste et éviter la sortie de route. "Les personnages que je joue sont dans l’outrance. C’est évidemment très tentant de cabotiner dans ces cas-là. Jean-Laurent était pour me dire quand pousser les potards ou me calmer un peu. Je lui ai fait une confiance absolue. J’adore être dirigé. Le dosage était parfait."

Pendant l’entretien, les deux hommes, détendus, n’ont cessé de s’envoyer des petites vannes par caméras interposées. Il fallait que ça termine comme ça. Jean Franco nous parlait de ses "nouveaux amis" apparus ces derniers jours. "Sûrement des gens qui, par timidité, n’osaient pas me parler avant", sifflait le comédien.

"Maintenant que tu as un Molière, ils vont bien donner ton nom à un rond-point à Villeneuve, non?", l’allumait ensuite Jean-Laurent Silvi. "Ouais, ou alors une impasse", concluait l’intéressé.

Drôle de cérémonie

"On a enregistré le dimanche. Je suis rentré en métro à 17 heures, habillé en pingouin, sans mon trophée dans les mains, parce qu’on m’a dit qu’on me l’enverrait après. Heureusement que ma sœur m’accompagnait, sinon j’aurais pu me demander si ça s’était vraiment passé. Au niveau de l’emballement, c’était très mesuré", s’amuse le Villeneuvois.

Jeudi dernier, lors de notre échange, Jean Franco avouait quand même "planer encore". Au théâtre du Châtelet, ce n’était pas forcément la même limonade.

"Si je n’avais pas eu le Molière, j’aurais passé un très mauvais moment, vraiment. On enregistrait par salves de cinq catégories. On n’était qu’une quarantaine à la fois dans cette immense salle."

"Et d’emblée, on nous avait prévenus: si on remerciait papa, maman et les amis, ce serait coupé au montage. En nous précisant qu’on pourrait se lever si on gagnait, mais pas pour monter sur scène."

Jusqu’à présent, le Sudiste n’était pas fan de cette grand-messe du théâtre, il le concède. "Je disais que ça reposait sur le copinage, le réseau... Je ne voulais même pas y aller. Aujourd’hui, même si je dois perdre un peu la face, je dois reconnaître que cette récompense me fait plaisir..."

Un pari risqué

Programmée au théâtre Fontaine, à Paris, Plus haut que le ciel, ne manquait pas d’ambition à son démarrage. Le producteur, Pascal Legros, a souhaité monter un spectacle rassemblant sept comédiens, en costumes d’époque.

"Déjà, quand on réunit quatre acteurs au meilleur horaire, à 21 heures, c’est considéré comme énorme", estime Jean-Laurent Silvi. "Quand j’ai lu le texte, j’ai cru que c’était un péplum", se marre Jean Franco. "Mais je m’en foutais, parce que ce n’était pas à moi de le diriger!"

Dans sa "case" de 19 heures, la pièce a su trouver rapidement son public, malgré des échos dans la presse proches du néant. Écrite par Julien et Florence Lefebvre, cette comédie historique au rythme enlevé raconte les péripéties qui ont entouré la construction de la tour Eiffel.

"Ça n’arrête pas pendant une heure et quart, cette cadence développe le côté humoristique et une sorte de folie", appuie le metteur en scène. Le spectacle a séduit toutes les tranches d’âge.

"Parfois, certains venaient en couple et on les retrouvait quelques jours après, avec leurs enfants", se rappelle Jean Franco.

Si la réouverture des théâtres est possible en septembre, Plus haut que le ciel reprendra à Paris, sans doute pour deux ou trois ans de plus.

Une tournée à travers la France, longue d’une quarantaine d’étapes, est également prévue. Avec un crochet par Vallauris en novembre, pas encore confirmé officiellement.

Lucien Rosso: "Je ne suis pas étonné"

Désormais enseignant au conservatoire de Menton, âgé de 63 ans, Lucien Rosso a eu Jean Franco et Jean-Laurent Silvi comme élèves, à quelques années d’écart. Il se dit "très heureux" de voir les deux hommes collaborer artistiquement.

"Les deux ont des profils très différents, mais ce sont des gars très chouettes", pose le professeur, avant de faire les présentations.

"Jean, c’est un hyperdoué, mais il était dilettante. Quand Julien Bertheau [ancien sociétaire de la Comédie-Française, auquel Lucien Rosso avait succédé au conservatoire d’Antibes, après son décès en 1995] lui demandait de travailler de grands classiques, ça le barbait."

"Maintenant, il serait fabuleux dans le rôle de Scapin. Mais j’ai l’impression qu’il n’a peut-être pas encore pris conscience de ça. C’est aussi ce qui est génial chez lui. Il joue un peu en s’en foutant, en restant lui-même, même quand il est dans la composition, bien qu’il réfléchisse tout le temps."

Quid de Jean-Laurent Silvi, aux manettes de Plus haut que le ciel? "Jean-Laurent, je l’ai eu plus jeune et plus longtemps. Il est reparti une première fois, au bout d’un an, parce qu’il y avait trop de boulot. Et quand il est revenu, il s’y est mis à fond. C’est devenu un bûcheur, il cherche partout, il lit énormément."

On en vient à demander à Lucien Rosso ce que lui inspire le Molière attribué à son ancien protégé: "Cela peut paraître bête, mais je ne suis pas étonné. Il a un talent global, pour l’écriture et la comédie, à l’image de gens comme Bacri et Jaoui. Jean a aussi ce don d’immédiateté, de simplicité. Il y a des gens qui sont comédiens par nature, comme ça."

Comme ça, sans même avoir eu besoin de l’appui d’un prof? "En toute modestie, je ne comprends pas comment j’ai pu lui apprendre beaucoup. Il devait avoir 16-17 ans quand je l’ai connu, il était déjà très doué. Certes, il travaillait beaucoup plus avec moi qu’avec Julien Bertheau. Peut-être parce que je lui présentais les choses sous une autre forme."


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