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Seulement 2 morts du coronavirus... Comment Taïwan a réussi à endiguer l'épidémie

Mis à jour le 02/04/2020 à 19:30 Publié le 27/03/2020 à 09:00
Christophe Dubruel, entrepreneur français à Taïwan: "le pays a tiré les enseignements de l'épidémie de SRAS de 2003."

Christophe Dubruel, entrepreneur français à Taïwan: "le pays a tiré les enseignements de l'épidémie de SRAS de 2003." Photo Cindy Ho

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Seulement 2 morts du coronavirus... Comment Taïwan a réussi à endiguer l'épidémie

Alors que Taïwan n'est qu'à 130 km de la Chine, épicentre du coronavirus Covid-19, le pays ne déplore que 2 morts, et compte 267 cas confirmés depuis le début de l'épidémie. Comment ce pays de 23 millions d'habitants gère-t-il la situation? Un entrepreneur français installé sur l'île raconte la réactivité d'un pays qui a tiré les leçons de l'épidémie du SRAS.

La nuit tombe doucement sur les tours de la banlieue de Taipei où vit Christophe Dubruel et son épouse Cindy. Pour nous montrer le panorama sur la ville, il se déplace jusqu'au balcon et désigne au loin, la mer. Dans les rues, les habitants vont et viennent. Normalement.

Christophe vient de rentrer de l'usine où son entreprise produit des assemblages.
"On n'a aucune mesure de confinement général à Taïwan," raconte-t-il. Car tout s'est joué avant, dès les premiers cas annoncés en Chine.

Fermeture des frontières, tests, quarantaine... il détaille comment ce pays de 23 millions d'habitants a procédé. Et réussi à contenir l'épidémie.

Fermeture des frontières

Mi-janvier, les passagers qui arrivent de Wuhan à l'aéroport international de Taoyuan à Taïwan passent devant un scanner thermique .
Mi-janvier, les passagers qui arrivent de Wuhan à l'aéroport international de Taoyuan à Taïwan passent devant un scanner thermique . (Photo by Chen Chi-chuan / AFP)

Dès que le premier cas a été notifié le 31 décembre par la Chine à l'Organisation Mondiale de la Santé, les personnes en provenance de Wuhan ont été examinées à leur arrivée à l'aéroport.

"En temps normal déjà, les passagers passent devant une caméra thermique, et ils marchent sur un tapis désinfectant. Il faut aussi remplir une déclaration à l'arrivée. L'Etat a ainsi une liste des personnes entrant sur le territoire."

Quand Wuhan a été totalement confinée, "les ressortissants taïwanais présents dans l'épicentre de l'épidémie ont d'abord attendu là-bas. Puis ils ont été rapatriés avec l'obligation de respecter une stricte quarantaine à leur retour."
"Le gouvernement taïwanais a été très réactif en fermant ses frontières avec la Chine."
Le pays a ensuite coupé les ponts avec Hong-Kong.

"A chaque fois qu'un Etat est entré en stade 3, le gouvernement a interdit toute entrée à Taïwan. C'est facile à contrôler car nous sommes une île où les personnes ne peuvent arriver que via 3 aéroports."

Seuls ont été autorisés à revenir sur l'île, les citoyens ou résidents taiwanais. Ces derniers ont fait l'objet de mesures systématiques.
"Ceux qui avaient le droit de rentrer ont dû observer 14 jours de quarantaine à la maison."
La réactivité de Taïwan est le fruit d'une expérience traumatisante qu'a vécu le pays en 2003, lors du SRAS, syndrome respiratoire aïgu sévère. Une situation dont ils ont tiré des enseignements pour être en mesure de mieux faire face à l'avenir.

"Ils ont tiré les enseignements de l'épidemie du SRAS en 2003"

"A la fin de l'épidémie déjà, se souvient Christophe Dubruel, tous les hôpitaux avaient délocalisé leurs urgences dans un bâtiment à part. Les malades étaient triés puis ensuite affectés dans des unités spéciales. Pour éviter de contaminer d'autres patients."

Puis après 2003, le gouvernement a mis tout un système en place pour faire face a des crises sanitaires.
A commencer par la création d'une instance centralisée de gestion, le "Center for disease control".

"Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, tous les jours, un porte parole du CDC communique sur le nombre de cas à la télé. Il y a une vraie transparence sur les chiffres."

"Un site internet présente de façon très complète l'évolution de la situation, à Taïwan et à l'étranger. Ils annoncent aussi les mesures prises, comme la fermeture des frontières. Après le discours d'Emmanuel Macron du jeudi 12 mars par exemple, ils ont pris la décision d'interdire l'entrée de Français sur le territoire."

Le site du Centre de contrôle des maladies.

Tests, personnes en quarantaine tracées via le smartphone, et amende à... 30.000 euros

"Ce matin, raconte Christophe, une personne placée en quarantaine s'est fait contrôler à l'extérieur de son domicile et elle a écopé de 30.000 euros d'amende. Au départ, le PV était de 2.000 euros, puis ils l'ont augmenté pour dissuader toute sortie."

Comment contrôlent-ils l'observation de la quarantaine?

"A l'aéroport, ils demandent à tous les ressortissants ou résidents taïwanais qui arrivent de pays touchés, de leur donner leur numéro de téléphone, leur adresse, de laisser brancher leur téléphone, d'activer la géolocalisation et d'être joignable." Ils effectuent aussi des tests médicaux.

"La CDC trace les portables et appelle de façon aléatoire les confinés. S'ils ne répondent pas, ou que le portable est déconnecté, ils envoient les policiers."

Ainsi, le fils d'un de ses amis a vu débarquer les forces de l'ordre chez lui en pleine nuit. "Il avait mis son téléphone en mode avion. A minuit, ils ont cherché à le joindre, sans réponse. Un quart d'heure plus tard ils tapaient à la porte. Ils ont pris une photo de lui prouvant qu'il était chez lui et ils sont repartis."
A Taipei, la capitale du pays, il y a plus de 9000 personnes à avoir été placées en quarantaine.

"Et le CDC a établi une rétroactivité. Les personnes rentrées de France, d'Espagne, d'Italie après le 5 mars ont dû se déclarer auprès des autoritées. Elles ont ainsi été testées, et une enquête menée pour chaque personne afin de savoir qui elle avait contacté. Et tous les gens en contact, ont a leur tour été confinés."

Plus de 26.600 tests ont été menés depuis le début de l'épidémie.
Christophe le reconnaît, si les amendes sont évidemment dissuasives, la quarantaine est aussi bien respectée car les "Taiwanais sont disciplinés".

Vue sur la banlieue de Taipei, capitale du pays.
Vue sur la banlieue de Taipei, capitale du pays. Photo C.H

Ecoles et universités en vacances prolongées

"L'épidémie du coronavirus s'est déclarée pendant le Nouvel An Chinois, fin janvier. A Taïwan les écoliers ont un mois de vacances de mi-janvier à mi-février. Ces congés ont été prolongés jusqu'au 25 février pour le primaire, collège, lycée et jusqu'au 3 mars pour les universités."
Par ailleurs, les visiteurs ont été interdits dans les hôpitaux et les maisons de retraite. "Ce n'est toujours pas autorisé d'aller rendre visites aux personnes âgées", intervient Cindy, sa femme.

Contrôle de température et gel désinfectant à l'entrée des commerces

"Au début, dans le supermarché où nous faisons des courses, un agent à l'entrée nous pulvérisait les mains avec une solution désinfectante. Mais aujourd'hui, le produit est simplement à disposition des clients."
En revanche, dans le grand centre commercial qu'il fréquente avec son épouse, un contrôle de température est effectué à l'entrée.

"Ils te mettent un thermomètre sur le front, et si tu as plus de 37,5°, tu ne rentres pas."

"Hier soir, on a dîné dans le restaurant en bas de chez nous, et pareil, on a eu droit au désinfectant sur les mains et à la prise de température."

Distribution rationnalisée de masques

Si en 2003, contre le SRAS, le masque était obligatoire, pour le coronavirus en revanche, il n'est pas de rigueur. L'épidémie étant "sous contrôle". Néanmoins, le gouvernement a prévu une production massive de masques, et organisé une distribution rationnalisée. Fin mars, le pays en produira 13 millions... par jour, pour 23 millions d'habitants, 

"Avec l'équivalent de la carte vitale, on peut se rendre dans une pharmacie et on a droit à 3 masques par semaine. On peut aussi les commander en ligne et se faire livrer à l'épicier de quartier. On le porte si on tousse ou qu'on est enrhumé."

Sa femme, Cindy aurait bien aimé pouvoir en envoyer à leurs deux fils, étudiants à Toulouse. Mais, elle n'a pas le droit.
Alors elle a préparé un colis avec des masques en tissus. Elle apparaît d'ailleurs dans le champ de la caméra du téléphone pour m'en montrer un.

"Ce n'est pas l'idéal mais ça protège un peu quand même. Le problème c'est que le colis n'est pas encore parvenu." Elle me demande, si je suis au courant d'éventuels blocages de paquets en provenance de l'étranger.

"On dit à nos fils de bien rester chez eux, et de ne sortir que s'ils ont besoin de faire des courses alimentaires." Tous les deux jours, Christophe appelle ses parents, qui vivent en région parisienne. A distance, ils veillent sur leur famille.


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