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ENQUÊTE. Soupçon de fraude fiscale: la villa de Raymond Barre sur la Côte d'Azur saisie par la justice

Mis à jour le 20/03/2020 à 12:35 Publié le 20/03/2020 à 12:30
La villa que Raymond Barre s’était fait construire à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

La villa que Raymond Barre s’était fait construire à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Photo Didier Gairaud

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ENQUÊTE. Soupçon de fraude fiscale: la villa de Raymond Barre sur la Côte d'Azur saisie par la justice

La propriété acquise en 1979 par l’ancien Premier ministre français est au cœur d’une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale » qui vise les deux fils de Raymond Barre, Nicolas et Olivier

C’est une jolie villa au cœur de la presqu’île des milliardaires : 350 mètres carrés habitables sur un terrain qui en fait près de 3.000, à deux pas de la pointe des Fontenettes, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Dans un secteur où la moindre parcelle vaut de l’or. Rien de comparable toutefois avec les dorures républicaines du palais de Matignon… A ce détail près qu’en mars 1979, c’est bel bien le Premier Ministre de l’époque qui devint l’heureux propriétaire de ce petit bout de Méditerranée.

Raymond Barre avait eu beau tenter de dissimuler son acquisition derrière le prête-nom d’un employé municipal de la commune, la belle affaire immobilière du « meilleur économiste de France » avait très vite été ébruitée. Ce ne fut pas une raison suffisante pour qu’il renonce à la villa de ses rêves. Et au décès de l’homme politique, en 2007, le bien est d’ailleurs resté propriété de la famille Barre. Du moins ; il l’était jusqu’à ce que deux juges parisiens décident, il y a quelques jours, de saisir l’ancien pied-à-terre de Raymond Barre sur la Côte d’Azur. 

Société écran au Luxembourg

Cette mise sous séquestre judiciaire intervient dans le cadre d’une affaire de présumée fraude fiscale. Les héritiers de l’ancien Premier Ministre, et notamment ses deux fils Nicolas et Olivier Barre, sont effet suspectés d’avoir échafaudé un obscur montage financier pour tenter de se soustraire au fisc français et notamment pour ne pas avoir à payer des droits de donation que Bercy évalue aujourd’hui à plus de 3 millions d’euros !

Pourtant, au moment du décès de Raymond Barre, la villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat avait été estimée à peine plus de 1,5M€ dans le cadre de la succession. C’est pourtant au prix de 14 M€ que, six ans plus tard, ses héritiers, son épouse Ève et ses deux fils, l’auraient revendu à une société de Villeurbanne, l’EURL « Les Dauphins ».

Le conditionnel est de mise, puisque si l’on en croit le résultat des investigations menées les deux juges parisiens, cette entreprise est en fait détenue 100 % par une autre société, de droit Luxembourgeois cette fois, baptisée ONB Invest…

3 M€ d’impôts non perçus

ONB comme Olivier et Nicolas Barre. Les deux fils de l’ancien Premier Ministre seraient en effet les actionnaires de cette société écran au Luxembourg. Ils se seraient vendus à eux-mêmes la villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat ! Mais dans quel but payer 14 millions un bien estimé 10 fois moins dans la succession et qui leur appartient déjà ?

Si Raymond Barre était le « meilleur économiste de France », comme le surnommait le président Giscard d’Estaing, ses fils n’en sont pas moins des investisseurs avisés. Car ce drôle de montage a eu pour mérite de sortir de l’indivision leur mère. Ce serait en fait une donation déguisée.

D’où la mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale d’Olivier de Nicolas Barre. Son frère Olivier qui n’a pour l’heure pas déféré à la convocation des enquêteurs, en Suisse où il réside, pourrait l’être à son tour. Car Bercy et la justice ont fait leurs calculs : le manque à gagner pour le fisc français serait de 3 millions d’euros !
Contacté, l’avocat de Nicolas Barre n’a pas répondu à nos sollicitations.

Un compte caché en Suisse ?

Reste à savoir comment les héritiers de Raymond Barre ont financé ce montage immobilier et les 14 millions qu’il a bien fallu avancer au moment de cette vraie-fausse vente. La somme leur a, en fait, été intégralement prêtée par une banque monégasque. L’opération étant blanche - sauf pour le fisc français - cette dernière aurait dû récupérer d’une main ce qu’elle prêtait de l’autre. Mais pour le moment, n’est revenue dans les caisses de la banque monégasque, que la moitié de la somme.

Si les deux fils Barre se sont empressés de rembourser les avances en trésorerie qui leur avait été faites, le prêt principal de 7 M€ hors intérêt consenti en 2013 n’a toujours pas été remboursé. Il n’avait pourtant été contracté que pour un an, initialement. Cela fait désormais six ans qu’il est systématiquement prorogé.
Pourtant, Ève Barre avait pris soin de couvrir les arrières de ses fils avant de décéder à son tour.

Immédiatement après la vente de la villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat elle leur a, elle aussi, consenti un prêt… de 8 M€ cette fois.
Si on y rajoute encore ceux qui ont permis financer les importants travaux de rénovation entrepris dans la villa, cela commence à faire beaucoup de millions pour un ancien professeur d’économie, certes devenu Premier Ministre, mais qui n’avait pas de fortune personnelle.

Du moins, pas officiellement. Car cette embarrassante affaire de dissimulation fiscale qui vient de conduire à la saisie de la villa de la famille Barre sur la Côte d’Azur a en réalité débuté en 2013 par un renseignement anonyme transmis au fisc.
La taupe de Bercy avait alors fourni un numéro de compte en Suisse et un nom : celui de Raymond Barre.

Livré clé en main

Lorsque les Barre, à l’automne 78, se mettent en quête d’un pied-à-terre sur la Côte, ils n’ont guère de mal à trouver. Comme le rapporte à l’époque le Canard Enchaîné dans son édition du 10 octobre 1979. En fait le Premier Ministre de l’époque et son épouse prennent leurs quartiers à la Préfecture chaque week-end pour les besoins de leur quête immobilière. C’est le maire de Saint-Jean de l’époque qui satisfera leurs envies de soleil en dégotant sur sa presqu’île à moitié prix ! Comme l’élu était aussi architecte, il leur dessinera même les plans de la maison. Avant, évidemment, de valider le permis en un temps record. Et allant même jusqu’à leur fournir un prête-nom pour plus de discrétion : celui d’Antoine C., employé municipal à… Saint-Jean-Cap-Ferrat.


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