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Son projet, son enfance, sa vision du foot... L'entraîneur de l'AS Monaco Robert Moreno a accordé sa première interview à Nice-Matin

Mis à jour le 28/02/2020 à 18:03 Publié le 28/02/2020 à 17:52
Robert Moreno.

Robert Moreno. Photo Jean-François Ottonello

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Son projet, son enfance, sa vision du foot... L'entraîneur de l'AS Monaco Robert Moreno a accordé sa première interview à Nice-Matin

Pendant plus d’une demi-heure, au Louis-II, l’entraîneur de l’ASM Robert Moreno a présenté son projet.

Jeudi, Robert Moreno nous a accordés sa première interview. Pendant près de 30 minutes, dans la salle de réunion qu’il occupe avec son staff au stade Louis-II, l’Espagnol a évoqué en toute décontraction sa vision du foot et son enfance.

Autour de lui, ses adjoints Dani Guindos et Carlos Martinez décortiquaient, en vidéo, les points faibles de Reims qui débarque, demain au Louis-II.

L’entraîneur de l’ASM, 42 ans, qui s’exprime en français en conférence de presse, a préféré sa langue natale pour bien faire passer ses idées.

Que représente cette arrivée à Monaco?

(Direct) Une grande opportunité. J’ai beaucoup de reconnaissance envers le club, le propriétaire Dmitry (Rybolovlev), Oleg (Petrov) qui m’ont fait confiance. Monaco est un grand club français. C’est un honneur d’être là. Depuis que je suis arrivé, c’est très intense. Il y a eu beaucoup de matchs en peu de temps. J’ai dû rencontrer beaucoup de personnes. Je suis arrivé en milieu de saison. J’ai très envie de rendre la confiance accordée par le club.

A quand remontent les premiers contacts?

Une semaine avant de signer, ils m’ont contacté par le biais de ma femme car j’avais changé de numéro de téléphone. Les journalistes espagnols m’appelaient sans cesse… On a fait une réunion avec Oleg. Je lui ai présenté mon projet et cela s’est concrétisé une semaine après. Monaco m’a contacté directement.

"Le 3-3 à Paris a donné une bonne impulsion"

Ce n’est pas un agent qui vous a placé?

J’ai un agent mais il est intervenu plus tard. Cela m’a beaucoup plu que Monaco me contacte en direct et ne passe pas par des intermédiaires.

Cela vous a-t-il surpris?

Au début, oui, car c’était un club qui n’était pas dans le championnat espagnol. Mon passé de sélectionneur me donnait plus de visibilité là-bas. Mais, en réalité, quand on regarde l’histoire de Monaco, il y a toujours eu beaucoup d’étrangers. Jardim était portugais. Cette ouverture est naturelle. On a parfois tendance à se sous-estimer mais avec le travail on est récompensé. Les mois passés en sélection m’ont servi. J’ai prouvé ma capacité à travailler au plus haut niveau.

L’échec de Thierry Henry, un an plus tôt, vous a-t-il freiné?

Je n’ai pas pensé à ça. Chaque personne est différente, chaque entraîneur est différent. La seule ressemblance, c’est qu’on avait été adjoint en sélection. J’ai été sélectionneur, j’ai ma propre histoire. Thierry Henry a été très important pour Monaco comme joueur. Comme entraîneur, il a tenté de faire du mieux possible. C’était le premier à vouloir gagner des matchs.

Quels sont les objectifs fixés par votre direction?

Gagner beaucoup de matchs, car cela nous permettra d’être en haut du classement. Il y a également la volonté de construire une identité, une équipe de gagneurs, capable de lutter pour l’Europe et bien y figurer. Les supporters le souhaitent également, on veut leur faire plaisir. Ce club a une histoire. Faire évoluer de jeunes joueurs me plaît, j’aime cette particularité.

Cela passera par le jeu?

Au final, c’est le résultat qui prime. Mais pour gagner, il faut la manière, un modèle. Cela va nous permettre de prendre des joueurs en fonction de ça, travailler en bonne intelligence avec l’Academy. Quand les doutes arrivent, le fait d’avoir une philosophie définie et précise est d’une grande aide. Si tu n’as pas de modèle, tu changes les choses et tu prends plus de risques.

Quelle image aviez-vous de l’ASM?

Un club qui génère de l’affection, gagne des titres. Il y a eu de grands joueurs. C’est un pays, quelque chose d’unique en Europe. Cela a toujours été un club que j’aimais bien.

Avec le recul, ce 3-3 à Paris, lors de votre première en L1 sur le banc monégasque, ne vous a-t-il pas desservi?

Je l’ai toujours dit: dans le foot, tout peut se passer. On aurait pu gagner comme perdre ce match. Mes joueurs ont cette capacité de battre n’importe qui, sur une rencontre. Avec du travail, on pourra faire de grandes choses. A Paris, c’était quasiment une victoire, un super match. Mais, trois jours après, on perdait 4-1. Malgré tout, ce premier match a donné de la confiance aux joueurs à qui on avait demandé des choses différentes. Cela faisait des années que Paris n’avait pas pris trois buts au Parc. On a été acteurs. Cela a donné une bonne impulsion.

"En France, la L1 est dévalorisée"

Ensuite, ça s’est un peu gâté...

J’aurais préféré battre Strasbourg, Nîmes et Saint-Etienne (en Coupe de France, ndlr). Ce match à Paris a eu une valeur médiatique. Mais sans ce point mais deux victoires en Ligue 1, on serait troisième. Si je pense que ce 3-3 est bénéfique pour moi, j’oublie le club et les joueurs.

Avez-vous été surpris par le niveau de la Ligue 1?

Non... C’est un championnat de haut niveau. En France, vous avez tendance à lui mettre une mauvaise étiquette, à le dévaloriser. C’est vrai que les caractéristiques des joueurs mènent parfois à un jeu de transition, mais c’est pareil en Espagne, en Angleterre et dans d’autres pays. Il y a un gros travail tactique effectué, des équipes qui veulent avoir le ballon, le contrôle du jeu et attaquent. C’est un pays dans lequel beaucoup de jeunes se révèlent avant de partir. Peut-être qu’un jour, ils resteront et le niveau sera plus haut.

Monaco a 76 joueurs sous contrat. Comment allez-vous gérer ça?

Je ne pourrais pas tous les entraîner (sourires). Le club a une stratégie, des joueurs prêtés qui lui appartiennent. Je respecte ça.

C’est quoi la patte Moreno?

Travailler beaucoup, chaque jour. Il ne suffit pas de le dire, il faut le faire. Je ne suis pas dogmatique. J’aimerais avoir la possession, attaquer et récupérer le ballon rapidement loin de mon but. Mais avoir 80 % de possession et ne pas se créer d’occasion, ça ne sert à rien. On a de très bons contre-attaquants. Je ne vais pas m’en priver.

Pensez-vous 7/7, 24/24 au foot?

J’arrive à déconnecter. Pour ça, j’ai un psychologue, qui m’oblige à le faire. Je passe du temps en famille, je joue au padel. Je suis mauvais cela m’oblige à me concentrer totalement. J’oublie donc le foot. J’ai un autre truc que je fais moins en ce moment, c’est de jouer à la PlayStation. Je ne suis pas bon également.

Vous jouez à quoi?

A Call of Duty (il mime le geste du tir), pas à Fifa (rires).

Le Moreno joueur de foot a-t-il existé?

Pour ce que j’entends par joueur de foot, non, mais j’ai évolué jusqu’à mes 25 ans à un petit niveau (rires). J’ai joué milieu, libero et même attaquant. J’ai joué avec Marc (Sellarés, coordinateur et chef du staff technique de Moreno) en sélection universitaire à Barcelone. Cela a été mon niveau le plus haut d‘ailleurs! A 25 ans avec mon diplôme et en entraînant sérieusement des équipes, je n’avais plus le temps de jouer.

"Ce qui te marque à vie, c'est une passion ou une éducation... pas le Barça"

Vouloir entraîner dès 14 ans, c’est rare...

J’ai été aussi influencé par mon père qui était entraîneur. Petit, je l’observais et cela a compté. On m’a proposé d’être coach des petits de mon école, dont Carlos (Martinez, son entraîneur adjoint) faisait partie, puis j’ai entraîné au futsal et j’ai évolué et passé mes diplômes. Je me suis spécialisé dans l’analyse vidéo car c’était une opportunité d’arriver jusqu’au monde pro. Donc oui, commencer à 14 ans c’est rare, mais quand vous avez ça en vous, que ça vous guide, vous n’abandonnez pas.

Étiez-vous déjà passionné par la tactique?

Depuis le début je me posais toujours cette question: comment puis-je aider les joueurs? J’ai échangé avec beaucoup de personnes du foot qui m’ont ouvert des pistes, données des idées... La vérité, c’est que j’ai toujours voulu comprendre le jeu, la tactique, pour pouvoir aider les joueurs dans l’occupation des espaces etc. C’est une de mes forces.

Pensiez-vous en faire votre métier dès le début?

Oui mais je savais que cela allait être difficile. J’ai étudié le droit, puis le commerce international, et j’ai travaillé dans une banque... Je savais que sans avoir été joueur, ce serait encore plus difficile pour moi d’être entraîneur. Mais j’ai toujours cru en moi. Je le disais à mes amis: “J’y arriverai”.

Le jour où tout a basculé?

Le 11 juillet 2010. Le jour où l’Espagne remporte la Coupe du Monde et où une personne me propose d’intégrer le Barça B. J’avais 32 ans et je devenais alors pro. Une nouvelle étape dans ma vie. C’est une date significative car j’ai passé 18 ans à me former et à attendre ce jour-là.

Le Barça, ça marque à vie?

Non. Ce qui te marque à vie, c’est une passion, une éducation... pas le Barça. Etre au Barca a été un apprentissage énorme, une expérience exceptionnelle, avec les meilleurs joueurs, le meilleur de l’histoire Messi. Mais les gens évoluent constamment. Chaque étape de la vie te fait grandir. J’apprends en tant que personne et entraîneur. Je ne peux pas dire qu’une chose m’a marqué plus qu’une autre. La Roma pendant un an a également été une grande expérience, Vigo aussi car différente et dans un autre contexte. La Selección aussi, toutes les expériences que j’ai eues dans le foot m’ont marqué. Bien sûr que tout gagner en trois ans avec le Barça est quelque chose de très beau mais je ne peux pas dire que cela m’a plus marqué que le reste. Toutes m’ont apporté des choses.

Quelles sont les personnes qui vous ont marqué alors?

Elles ne sont pas forcément connues. Mon père au début, Alex Sanz et Pep Segura manager du Barca. Luis Lainz, analyste du Barça pendant 15 ans, celui qui m’a présenté l’analyse vidéo. Klopp, Guardiola, je ne les connais pas mais j’observe ce qu’ils font. Évidemment les 9 ans avec Luis Enrique m’ont appris beaucoup de choses. Rafael Paul, le préparateur physique avec qui j’ai travaillé beaucoup d’années. Joaquin, le psychologue du Barça. J’espère que les personnes de mon staff m’apprendront beaucoup aussi et me marqueront. Je n’ai pas une seule référence. Je pense qu’on apprend de tous. Mes parents m’ont formé comme personne et ma famille est la chose la plus importante dans ma vie. Mes parents, ma femme et mes enfants.

Une phrase que répétaient vos parents?

Mon père était taxi et roulait 14 heures par jour. Ma mère travaillait dans une boulangerie... Il n’y a pas vraiment de phrases. C’est toute une éducation, un exemple au quotidien d’humilité et d’efforts. Ils m’ont appris à ne pas être rancunier, pardonner et comprendre que les gens peuvent se tromper, s’excuser, et repartir en demandant pardon.

Vous parlez d’humilité mais Luis Enrique vous a reproché d’être trop impatient...

Ceci est une étiquette que l’on m’a donnée. J’ai démontré comme sélectionneur et avec mon comportement que j’étais humble. Si quelqu’un te colle une étiquette, il doit le justifier avec des explications. Un mot vide, et une étiquette sans fondement n’ont pas de sens. J’ai beaucoup travaillé pour être ici, et je ne suis pas d’accord avec cette étiquette.

La vie à Monaco ? Je ne vis pas à Monaco mais à Bordighera car ma femme a vécu en Italie avec moi et s'y sent mieux. Je viens tous les jours à La Turbie, mais je vois la vie à Monaco à distance, un peu comme dans un film. Je respecte beaucoup Monaco, ce pays mais je ne me vois pas dans cette vie quotidienne. Mais encore une fois je respecte les habitants, la richesse de ce pays.


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