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L’ancien entraîneur de l'OGC Nice Sandro Salvioni, premier témoin de l'hécatombe en Lombardie

Mis à jour le 28/03/2020 à 11:47 Publié le 28/03/2020 à 11:45
Sandro Salvioni.

Sandro Salvioni. DR

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L’ancien entraîneur de l'OGC Nice Sandro Salvioni, premier témoin de l'hécatombe en Lombardie

Sandro Salvioni vit dans la région de Bergame, centre de la tragédie, épicentre de l’épidémie. L’ancien entraîneur du Gym nous raconte sa vie de reclus et implore tous les Niçois de ne plus sortir

Sandro Salvioni habite à Gorlago. Le village où il est né et où il pensait vivre des jours heureux auprès des siens et pas trop loin du football. Mais aujourd’hui, l’ancien coach de l’OGC Nice n’entraîne plus, ne voit plus ses jeunes de l’Unione Calcio Albino Leffe, un club de Serie C de la Province de Bergame. Il ne voit d’ailleurs plus personne mis à part sa femme Sara, sa fille Marcela et sa petite fille Carlotta. Comme tous les Italiens, il est confiné. Comme tous les citoyens de Lombardie, région martyrisée par l’épidémie de coronavirus, il est au bord du vide. Au bord des larmes. KO, mais debout. A force de compter les morts, sa vie s’est arrêtée. A deux pas de chez lui, Bergame, la Wuhan italienne où les hôpitaux et les morgues débordent comme la douleur et le chagrin. Un peu plus loin, Codogno, foyer initial de l’infection. Cerné par le malheur, Sandro Salvioni s’en remet aux médecins et à Dieu.

Sandro, avant toute chose, comment te sens-tu ?
Comment aller bien quand tout s’effondre autour de toi? On vit une chose incroyable. Une horreur absolue. Ici, le drame est partout. Je vis à douze kilomètres de Bergame, à quarante kilomètres de Codogno. Bref, au centre de la tragédie. Aujourd’hui, le monde entier connaît Codogno alors qu’il y a quelques semaines encore, même les Italiens n’auraient pas su situer sa place sur la carte. Le virus a changé nos vies. Je suis quelqu’un de positif. Alors j’essaie de le rester. Je ne suis pas malade. Je ne suis pas à plaindre. Il faut faire face. Nous n’avons pas d’autre choix.

Tu as peur ?
Non. Je refuse d’avoir peur. Nos vies se sont rétrécies, assombries. Si tu rajoutes la peur, c’est fini.

Le coronavirus a touché ton entourage ?
Ma famille a été épargnée. Mais j’ai perdu deux vieux amis avec qui je jouais aux cartes, à la scopa, le soir dans un bar à 500 mètres de chez moi. Domenico avait 84 ans. Luigi avait 79 ans. J’ai appris la disparition de l’un par un voisin et j’ai vu l’avis de décès de l’autre dans le journal. Ils sont partis comme ça. Je n’ai pas pu leur dire au revoir ou me rendre à leurs obsèques. Ils ont été enterrés seuls. Cette idée me fait un mal terrible. Un membre de l’Unione Calcio AlbinoLeffe, mon club, a lui aussi été contaminé par ce maudit virus. Heureusement, il s’en est sorti. Il a 55 ans. Ici,toutes les familles ont été touchées de près ou de loin. Le matin, j’attends le journal avec la peur au ventre.

L’Eco di Bergamo et ses pages d’avis de décès...
Avant cette épidémie, il y avait une demi-page, voire une page par jour de décès. Aujourd’hui, il y a cinq pages minimum. C’est allé jusqu’à dix. Je suis pétrifié devant ces noms qui se suivent.

Comment expliques-tu que Bergame souffre autant du Covid-19 ?
Parce qu’on a trop tardé à passer en zone rouge. Il n’y a qu’à Codogno que le confinement a été rapide, total et respecté. Dans la région, on a perdu 20 jours. Le gouverneur de la Lombardie, Attilio Fontana, avait pourtant alerté le sommet de l’Etat. Il ne cessait de demander la fermeture de tous les lieux de vie. Il implorait aux gens de rester chez eux. En face, Giuseppe Conte, le Premier ministre, aurait dû prendre des mesures plus rapides et plus fortes. Aujourd’hui, tout le monde est confiné. Tout est arrêté. Mais c’est un peu tard...

Les rues sont vides ?
A Bergame, il y a l’armée. Ici, nous avons la police. Il n’y a plus que les services d’ordre dans les rues. Et les ambulances. On entend leur sirène. Le personnel médical fait un travail extraordinaire. Ce sont des héros. Reste à trouver ce vaccin qui nous délivrera tous.

Comment fais-tu pour remplir ton frigo ?
Pour les fruits et les légumes, le marchand passe à la maison. Pour tout le reste, viande, poisson, conserves, ma fille Marcela nous fait les courses dans un supermarché qui est à deux kilomètres de la maison. Et puis, on a notre réserve de pâtes. Pas un soir sans la “pasta”. Un petit instant de bonheur dans cette période noire.

Tu ne sors pas ?
Les sorties sont limitées. Je vais courir une heure tous les mardis et vendredis. Seul. Dans la campagne. Je ne vois personne. Sinon, je reste à la maison. Depuis un mois, c’est comme ça. Il faut supporter. Ma femme, elle, ne sort jamais. Quand elle étouffe, elle va dans le jardin.

Comment occupes-tu tes journées ?
Je dévore tous les journaux sportifs sur ma tablette : la Gazzetta dello Sport, le Corriere dello sport, le Tuttosport. Le football est à l’arrêt. Mais il continue à vivre dans ma tête et dans celle des journalistes. C’est un moyen d’évasion. Personne ne peut dire quand le championnat italien se relèvera. Il reprendra quand la vie reprendra. Tous les matins, à11h30, je regarde la messe à la télé. Je prie pour les morts, pour les malades, pour le personnel médical, pour les miens, pour tout le monde. Je suis très croyant. Et ce virus n’a pas affaibli ma foi. Avant, j’allais à la messe tous les dimanches. Même quand j’étais à Nice.

Tu étais même monté à pied jusqu’à Laghet...
Oui, deux fois. Quand on s’est maintenu en D2 et quand on est monté en D1 avec le Gym. 22 kilomètres à pied. C’est Pancho Gonzalez qui m’avait fait découvrir ce lieu de culte. Sacré Pancho !

Tu n’as pas oublié le Gym...
Jamais. Souvent, l’après-midi, je me mets la cassette d’un match de mon époque niçoise. J’en ai pas mal. Avant que tu m’appelles, j’ai regardé Nice-Amiens. On avait gagné 2-0. Ça me fait du bien.

Tu as un message pour les Niçois ?
Amis niçois, restez chez vous ! C’est très important. Personne n’aime voir une ville morte. Mais c’est une question de survie. Je sais que Nice est une ville magnifique. Mais vous en profiterez plus tard. En sortant, vous vous mettez en danger et vous mettez les autres en danger. Je vous en supplie. Freinez l’épidémie au plus vite. Parce qu’après, c’est l’enfer.


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