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Abritées à Nice, une dizaine de familles de Saint-Martin-Vésubie lancent une cagnotte pour se reconstruire

Mis à jour le 14/10/2020 à 23:19 Publié le 14/10/2020 à 22:08
La dizaine de familles de Saint-Martinois a pique-niqué hier aux arènes de Cimiez, pour tenter de retrouver une vie normale.

La dizaine de familles de Saint-Martinois a pique-niqué hier aux arènes de Cimiez, pour tenter de retrouver une vie normale. Photo Dylan Meiffret

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Abritées à Nice, une dizaine de familles de Saint-Martin-Vésubie lancent une cagnotte pour se reconstruire

La tempête Alex a dévasté les maisons et les vies de ces familles qui se serrent les coudes, survivent. Leur espoir: se reconstruire. Ils s’y accrochent comme des damnés et ont créé une cagnotte

Des vies dispersées. Dans un fracas, la tempête Alex a éparpillé leurs souvenirs, éclaté cercle familial et amical, ruiné des années de labeur.

Mercredi, une dizaine de familles Saint-Martinoises, réfugiées à Nice, se sont rassemblées dans les jardins des arènes de Cimiez. « Pour retrouver un semblant de vie, pour que les enfants se revoient », explique dans un sourire fatigué Émilien Farge, président de l’association des parents d’élèves « Les p’tits camous ». Elle avait été créée il y a deux ans à Saint-Martin-Vésubie.

Ses deux enfants, Hugo, 6 ans, et Clémentine, 8 ans, virevoltent, rient en coursant leurs camarades entre les oliviers. Le sourire de ces familles, leur énergie, forcent le respect.

Ces survivants de l’apocalypse Alex refusent tout misérabilisme. Pourtant certains ont tout perdu.

Hébergés provisoirement à Nice, qui chez une maman, qui chez un ami, qui à l’hôtel, ils cherchent l’issue, le rebond. Pour prouver que la vie est plus forte que tout.

« Nous sommes arrivés au Terminal 2 avec les sacs sur le dos, comme un retour de vacances. Sauf que nous venions d’être évacués en hélicoptère et que nous avions tout perdu », raconte Marie-Pierre Forster, prof au lycée Calmette et propriétaire du « Clos Joli » à Saint-Martin-Vésubie. Mais elle refuse qu’on la plaigne, pense d’abord à ses élèves qui ont « besoin » d’elle.

Sa maison éventrée a pourtant été largement photographiée depuis.

Une bâtisse quasi centenaire, classée au patrimoine avec son parc classé « remarquable ». Un lieu empli d’histoire. Durant la Seconde guerre, son propriétaire y avait caché des enfants juifs.

"Tout vibrait"

Marie-Pierre Forster, prof à Calmette, avec Manali et Hemangi. Sa maison est éventrée, son mari a perdu son travail.
Marie-Pierre Forster, prof à Calmette, avec Manali et Hemangi. Sa maison est éventrée, son mari a perdu son travail. Photo Dylan Meiffret

Marie-Pierre Forster et Frédéric Beauvisage, le père de ses filles, avaient acheté la belle bâtisse, déjà transformée en gîtes, le 17 février 2017. Frédéric s’était échiné à la retaper dans un style Belle époque. Un des appartements venait d’être classé quatre étoiles. Leur vie, leur rêve.

« Entre le torrent du Boréon et nous, il y avait pourtant des maisons avec de larges jardins, la route de la Colmiane, deux buttes. Le Clos Joli se trouve à 80 mètres de hauteur. »

Ce soir-là Marie-Pierre a pourtant compris ce qui se tramait en apposant ses mains sur le double vitrage de la chambre de ses filles, Manali, 6 ans, et Hemangi, 7 ans.

« Tout vibrait. J’ai mesuré que la rivière allait saper le terrain sous la maison. » Elle enfile des bottes en caoutchouc à ses filles, réussit non sans mal à convaincre ses locataires de partir sous la pluie. De justesse. Ils étaient presque pris au piège. Leur dépendance sera avalée avec lapins, coq, poules et poussins. Le vallon Saint-Martin tout proche s’effondrera, tout comme le terrain en partie droite de la bergerie où ils avaient trouvé refuge. Des rescapés.

Le lendemain, dans une scène surréaliste, Frédéric retrouvera leur chat sain et sauf, couché dans son panier, sous la table. Devant le matou, la façade était arrachée et la pièce ouvrait sur les 80 mètres de vide surplombant le Boréon.

« Les filles ont une grosse force de vie et de joie de vivre, mais c’est compliqué. La perte de dix-sept animaux sur vingt et un, c’est un choc très rude. On est partis sans une paire de chaussettes, sans une culotte, un disque ou un bijou. Les filles n’ont plus rien de leur vie d’avant. Terminés les anniversaires dans la maison. C’est vertigineux. » Frédéric travaillait à la Brasserie du Comté, elle aussi emportée. Plus de toit, plus de travail.

Evacués en hélicoptère

Élizabeth Jacob, avec Antoine et Thomas.
Élizabeth Jacob, avec Antoine et Thomas. Photo Dylan Meiffret

Élisabeth Jacob, 42 ans, et son mari, Thibault, font eux-aussi partie des ces familles réfugiées à Nice. Ils ont été évacués en hélicoptère après s’être inscrits en liste d’attente en mairie.

Leur maison du Boréon va bien, mais, sans eau, sans électricité, ils ne pouvaient plus l’habiter. Elle voudrait trouver un appartement au village, remonter, faire vivre Saint-Martin.

Pour vaincre l’impuissance, Élisabeth a aidé à ramasser du bois sur la plage à St-Laurent et créé un groupe Whatsapp pour les familles. Tous ont lancé une cagnotte. « Les dons matériels il y en a eu beaucoup. Ces parents ont avant tout besoin d’aide financière pour se loger provisoirement, reconstruire un outil de travail », explique-t-elle.

Émilien, le président de l’association de parents d’élèves, a justement perdu toute sa menuiserie. Une machine d’une tonne a été soulevée par la vague. Il s’y est accroché, à failli être emporté.

Ses amis de la boulangerie « La Petite suisse », lui ont peut-être trouvé un local à Venanson pour repartir. Mais il n’a plus de machines, plus rien.
Emportées, c’est le résumé de leur vie. Nous pouvons tous leur venir en aide.


Pour les aider :

Se meubler, reloger ceux qui ont une maison en péril, inhabitable, refaire le stock de fournitures scolaires : l’association des parents d’élèves « Les p’tits camous » a lancé une cagnotte : www.leetchi.com/fr/c/rZ7VJ0pl

Émilien et Muriel Farge, avec Hugo et Clémentine.
Émilien et Muriel Farge, avec Hugo et Clémentine. Photo Dylan Meiffret

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