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Rebond, sursis, faillite: les très petites entreprises des Alpes-Maritimes face à la crise

Mis à jour le 23/11/2020 à 09:19 Publié le 22/11/2020 à 18:51
Illustration d'un restaurant fermé administrativement en raison de la crise sanitaire. Ici Le Barbecue à Nice.

Illustration d'un restaurant fermé administrativement en raison de la crise sanitaire. Ici Le Barbecue à Nice. Photo Frantz Bouton

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Rebond, sursis, faillite: les très petites entreprises des Alpes-Maritimes face à la crise

Abattus, résilients, combatifs... Comment les chefs d’entreprise azuréens font-ils face à la crise de Covid-19? Quels sont les secteurs qui s’en sortent le mieux? Quelles sont les perspectives pour les mois à venir?

Elles sont nombreuses à avoir baissé le rideau, ont mis une partie de leurs salariés au chômage technique, vivent sous perfusion d’aides de l’Etat... une grande partie des entreprises azuréennes subissent de plein fouet la crise sanitaire.

Entre septembre 2019 et septembre 2020, le chiffre d’affaires des entreprises des Alpes-Maritimes a chuté de 6%, contre 2% au niveau national, rapporte le directeur départemental des finances publiques Claude Bréchard qui a comparé la TVA déclarée sur ces deux périodes.

Le chiffre d’affaires du secteur tertiaire (les services), qui représente 73% des entreprises du département, plonge à 11%, alors qu’au niveau national il est stabilisé.

Au sein de ce secteur d’activité, les commerces enregistrent une progression de 6% (+ 0,80% au niveau national), l’hôtellerie restauration a perdu 38% d’activité (contre 18% en France).
Sans surprise, les TPE (très petites entreprises, moins de 10 salariés) qui représentent 94% des entreprises du département, sont les plus durement touchées.

+20% pour l’industrie et l’agriculture

En revanche l’industrie, la construction (secteur secondaire, soit 26% de l’activité économique du département) enregistre un bond de 10% de leur chiffre d’affaires, quand, en France, il plonge de 6%. Soit +4% pour la construction et les travaux publics, +22% pour les activités manufacturées.

Les activités du secteur primaire (agriculture, pêche...) bondissent de 20% quand en France elles dégringolent de 7%.

Pour faire face, il existe tout un panel d’aides (prêt garanti par l’Etat, fonds Covid résistance, fonds de solidarité, chômage partiel, report de cotisations...). La difficulté est de s’y retrouver dans la masse d’informations. Les chambres consulaires (chambre de commerce et d’industrie, chambre des métiers et de l’artisanat, réunies en "guichet unique" pour l’occasion) accompagnent les dirigeants. "Tous réagissent différemment. Certains sont tétanisés. Chez d’autres, restaurants, épiceries, on a constaté une grande capacité de résilience : ils se sont aussitôt mis sur la vente à emporter et la livraison à domicile", détaille Laetitia Zerbib, chef du département entreprenariat à la chambre de commerce et d’industrie des Alpes-Maritimes. L’organisme a mis sur pied un véritable plan d’attaque pour rebondir : autodiagnostic, repositionnement, requestionnement de sa stratégie, prospective, coaching, transition numérique, écologique... "Un parcours complet de A à Z", sans cesse affiné, pour ne laisser aucune entreprise sans solution.

Laura et Romuald : "soit on innovait soit on fermait"

Craftazur, la TPE de Laura Ollier et Romuald Gourlot brasse des bières dans la tendance "craft" : à partir de matière première traditionnelle, sans arômes artificiels au sein dune structure de petite taille, indépendante.
Craftazur, la TPE de Laura Ollier et Romuald Gourlot brasse des bières dans la tendance "craft" : à partir de matière première traditionnelle, sans arômes artificiels au sein dune structure de petite taille, indépendante. Photo M. T.

Dirigeants de Craftazur, microbrasserie fondée en 2018 et située à Antibes, chemin des Cistes, Romuald Gourlot et Laura Ollier ont tenu bon lors du premier confinement, grâce à la solidarité entre brasseurs indépendants du département et à l’innovation.

"Soit on innovait, soit on fermait" résument les deux trentenaires, anciens ingénieurs franciliens, qui ont décidé de changer de vie il y a 3 ans pour devenir brasseurs indépendants dans le Sud-Est, où Laura a grandi.

La toute jeune entreprise n’est pas éligible au fonds de solidarité de l’Etat (le chiffre d’affaire de la première année d’exploitation étant faible), ni au chômage partiel puisque la TPE antiboise n’emploie pas de salarié.

Avec la fermeture des restaurants, bars, caves à vins, caves à bières, bowlings, ses principaux revendeurs, l’annulation des festivals de la bière de Nice et Cannes, Craftazur a basculé sur la vente sur place et la livraison.

"On préfère penser aux solutions"

Face à l’adversité, 14 brasseries artisanales azuréennes, regroupées en association des brasseurs indépendants des Alpes-Maritimes (Biam), se sont serrés les coudes en développant des box apéro, sur le modèle des box de l’avent, imaginées pour les fêtes de fin d’années (24 bières de 13 brasseries).

"On se connait tous, ça a été facile. Le site Internet a été monté en une nuit, se souvient Romuald. On a passé le reste du confinement à faire des box et à livrer. Ça a dépassé toutes nos espérances. Personne n’a mis la clé sous la porte".

Nouveau coup dur pour la très petite entreprise avec le couvre-feu du 23 octobre puis le reconfinement du 29. Mais Craftazur est plus combative que jamais.

"Ça repartait un petit peu. On s’est inscrit à plusieurs marchés de Noël. Deux ont déjà été annulés. Les bars étant fermés on se retrouve avec du stock, des fût. On a investi dans des growlers (récipients permettant de transporter de la bière pression et de la conserver jusqu’à 72 heures). On livre toujours et on a mis en place le click and collect. Toutes les box de l’avent ont été vendues. Nous avons la bière de Noël qui arrive et nous allons faire des coffrets cadeaux (trois bières et un verre), et des carrousels pour faire jolis au pied du sapin, énumère Laura. On est inquiet mais on préfère penser aux solutions".

Pascal : "aujourd’hui je ne suis pas serein mais je constate que l’on tourne"

Pascal Avargues, dirigeant de la société Georges Dépannage, à cannes.

Georges Dépannage Ménagers
Pascal Avargues, dirigeant de la société Georges Dépannage, à cannes. Georges Dépannage Ménagers Photo Patrice Lapoirie.

"Je ne suis pas serein, je ne m’emballe pas, mais je constate que l’on tourne. Après, il ne faudrait pas que la situation dure trop longtemps".

Depuis 5 ans, Pascal Avargues dirige Georges Dépannage, à Cannes, revendeur agréé de marques d’électro ménager haute gamme, spécialiste de l’encastrable et réparateur à domicile.

Pendant le premier confinement, il a soigné ses services aux clients puis récemment développé la vente d’appareils recyclés, d’occasion, garanti un an, pour satisfaire une clientèle devenue plus frileuse dans ses dépenses. "On sent qu’il y a de la demande, qui va s’amplifier" note-t-il.

Un repositionnement qui a porté ses fruits puisqu’il a embauché une assistante en août et un second technicien en octobre pour répondre à la forte demande.

"Sans la Chambre des métiers je ne sais pas si j'aurais eu la force?"

"Lors du premier confinement, les gens avaient peur qu’on vienne chez eux, surtout qu’à l’époque on n’avait pas de masque, se souvient Pascal. Dès que la Ville de Cannes en a distribué, j’ai recommencé les interventions à domicile" poursuit le chef d’entreprise qui déplore néanmoins une baisse importante de son chiffre d’affaires : "les gens n’appelaient pas car ils pensaient que nous étions fermés".

"L’approvisionnement a été compliqué, certaines pièces de rechange n’arrivaient pas. J’ai prêté des appareils en attendant. J’ai essayé de faire au mieux pour ne pas laisser les clients dans l’embarras".

Une stratégie qui a payé : via le bouche-à-oreille, Pascal s’est découvert de nouveaux clients. Si bien qu’au déconfinement, Georges Dépannage est submergé de demandes.

Ce qui, hélas, ne rattrapera pas le manque à gagner. L’impact de la crise sur le tourisme et l’événementiel a des répercussions sur l’activité de Georges Dépannage. "Les agences de location saisonnière et les yachts sur lesquels j’intervenais ne m’ont pas appelé, ou peu" constate le dirigeant qui a néanmoins maintenu son entreprise à flot.

"Tout cela a été possible grâce à l’aide de la Chambre des métiers et de l’artisanat. Sans elle je ne sais pas si j’aurais eu la force. Il y avait des tonnes de papier à remplir. J’étais démotivé. Elle m’a informé sur les aides auxquelles j’avais droit : PGE, prêt Covid résistance. Je me suis senti vraiment soutenu".

Aider les dirigeants en grande détresse psychologique

La mauvaise santé financière d’une entreprise atteint souvent la santé psychologique des entrepreneurs. Ainsi est né le dispositif Apesa.

Aujourd’hui, 56 juridictions l’ont adopté (dont Nice, fin 2018, Antibes, Cannes et Grasse).Avec la crise économique liée à la pandémie, l’Apesa 06, créée pour venir en aide aux dirigeants en grande détresse psychologique, s’attend à une hausse des chefs d’entreprise en détresse.

Fabien Paul, membre du bureau de la CCI des Alpes-Maritimes, est le président délégué d’Apesa 06 : "Lorsque j’étais président du tribunal de commerce j’ai croisé des gens en très grande souffrance après un redressement ou une liquidation judiciaire notamment. Il est arrivé des drames. Je me souviens de cette commerçante, qui, après avoir reçu la visite des huissiers, s’est pendue avec la laisse de son chien. Il y avait pourtant des solutions à ses difficultés. On s’est trouvé démunis face à cela. Apesa essaie d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard".

Apesa forme des sentinelles (magistrats, experts-comptables, avocats... elles sont une centaine à ce jour dans le département) qui, lorsqu’elles détectent une personne en souffrance, peuvent déclencher l’alerte, et, si la personne en est d’accord, l’orienter vers un psychologue, pris en charge par Apesa. La première année 20 accompagnements avait été budgété. Il y en a eu 34 .

Pour identifier les situations à risque, "il faut une part d’intuition, estime Fabien Paul, car bien souvent la détresse n’est pas verbalisée. Il faut faire attention aux attitudes aussi. Il y a des situations pour lesquelles on sait qu’il y a un risque : un commerçant qui dormirait dans son commerce et à qui on a annoncé qu’il fallait qu’il rende les clés par exemple".

"Nous sommes face à la plus grande crise qu’on ait à surmonter. On s’attend forcément à hausse des entreprises en difficultés et donc des personnes en détresse psychique. La Covid-19 tue par le virus, mais à chaque crise économique on constate une hausse des suicides liés à la perte d’emploi ou à la défaillance d’entreprise".


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